John Irving : « Le romancier doit anticiper la conclusion de son livre avant de le débuter »

Le monde selon John Irving

Pour des millions de lecteurs à travers la planète, le nom de John Irving apposé sur la couverture d’un roman est une promesse. Celle d’un livre à l’ampleur certaine, où l’épopée et le burlesque font bon ménage, où il est souvent question de lutte gréco-romaine, de pères manquants, d’enfances difficiles, de droits des femmes et des minorités de genre, d’ours, de sexe et d’interrogations morales. C’est ainsi depuis qu’en 1978 Le Monde selon Garp (Seuil, comme tous ses livres traduits en France, 1980) a fait de son auteur une star mondiale de la littérature, statut confirmé par des romans d’une puissance narrative renversante tels L’Œuvre de Dieu, la part du diable, Une prière pour Owen, Une veuve de papier ou Je te retrouverai (1986, 1989, 1999, 2006)…

La vie et l’influence de John Irving

Né à Exeter (New Hampshire), en 1942, ce fieffé conteur vit désormais à Toronto, au Canada, pays de son épouse, dont il a pris la nationalité. Il nous a accordé un entretien par visioconférence de son bureau, une grande pièce en L, aux murs tapissés de photographies, qu’il quitte si peu qu’on distingue en arrière-plan le tapis de course et le vélo d’appartement sur lesquels ce grand sportif entretient sa forme tout en se relisant.

La perception de son identité culturelle

La Nouvelle-Angleterre, qui est la première région des Etats-Unis à avoir été colonisée [par les pèlerins venus d’Angleterre au XVIIe siècle], est très différente du reste du pays. Cette antériorité fait courir le risque de prendre ces différences pour des facteurs de supériorité… Enfant et adolescent, j’ai cru que le fait de me sentir étranger à mon propre pays était lié au fait d’être né en Nouvelle-Angleterre. Quand je suis arrivé en Iowa pour mes études [d’écriture créative, entre 1965 et 1967], j’ai été conforté dans cette idée : je me sentais plus étranger encore que ça n’avait été le cas à Vienne, où j’avais passé un an. Je ne parlais pas très bien l’allemand, mais je m’étais senti plus acclimaté en Autriche que dans le Middle West américain. Mais ce sont les romans, aussi, qui vous éloignent du lieu où vous vivez, quel qu’il soit. Quand vous écrivez, vous êtes toujours plus présent dans ce que vous imaginez que dans la vie “réelle”. Cela, je ne l’ai perçu qu’après avoir écrit plusieurs romans. Et j’ai compris que mon sentiment d’étrangeté, s’il était lié au fait que je venais de Nouvelle-Angleterre, avait aussi à voir avec le fait que j’ai toujours été séparé des lieux où j’ai vécu par les romans que je lisais, puis par ceux que j’écrivais.

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